Dans l'agro-alimentaire aussi, “pas d’ESG, pas d’argent”

Les associés Développement durable de PwC le répètent depuis longtemps : pour les entreprises, ignorer les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) revient à se couper d’une partie de ses sources de financement. 

Ce principe s’applique à tous les secteurs, dont la filière agri-agro, comme vient de le rappeler la conférence “Demain l'agriculture” organisée par Saipol et Les Échos-Le Parisien Événements, dont PwC France et Maghreb est partenaire depuis plusieurs années. Le thème choisi pour 2023 portait sur les pratiques et les financements permettant la transition environnementale du secteur

Regardez la table ronde No green, no cash, qui s’est tenue le 6 février 2023 dans le cadre de la conférence “Demain, l'agriculture” avec pour panélistes Jules Castro, New program Developer (regenerative agriculture, low carbon, insetting), PUR Projet ; Olivier Josset, avocat associé en charge des opérations de M&A dans le secteur agri-agro, Fidal ; Sylvain Lambert, associé Développement durable, PwC France et Maghreb ; et Anne Sorlut-James, Directrice générale, Messis Finances.

Si “no green, no cash” est la nouvelle règle pour obtenir des financements, par qui est-elle édictée ?

Un régulateur français ou européen pourrait prononcer cet aphorisme “no green, no cash”. La Commission européenne par exemple a pour objectif qu’en 2050 l’Europe ait atteint la neutralité carbone. Pour y arriver, il faut transformer l’économie, en commençant par transformer la finance. Le Pacte vert pour l’Europe (Green deal) s’y emploie, rappelle Sylvain Lambert. Ce pari du régulateur européen s’incarne dans le plan Finance durable, qui incite les financiers à allouer leurs capitaux aux activités désignées comme les plus durables.

Parmi les nombreuses actions que ce plan implique de mettre en œuvre, l’une des premières est la taxonomie verte européenne. Cette nomenclature technique définit ce qu’est une activité durable. L’intention du régulateur est de doter progressivement la sphère économique et financière (banques, sociétés d’assurance, investisseurs) des informations nécessaires pour déterminer si les actifs de leurs portefeuilles sont durables ou non.

Le dispositif est musclé par d’autres textes déjà ou bientôt en vigueur qui imposent aux entreprises, même petites (seuil de 250 employés), de publier de plus en plus d'informations à destination des financeurs, et obligent ces derniers à rendre compte de la durabilité de leurs portefeuilles d’actifs. Le processus sera complet avec l’application de la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) à partir de 2025

Quelles grandes tendances régissent aujourd'hui l’accès au financement ?

PwC interroge régulièrement les fonds d’investissement et les acteurs du private equity sur leur intérêt pour les critères ESG. En 2019, gestion des risques et conformité étaient leurs deux premières motivations. En 2021, la création de valeur vient en premier, la gestion des risques étant rétrogradée à la quatrième place et la conformité disparaissant du top 5. La même évolution est observée dans la gestion d’actifs (asset management).

Désormais, les questions ESG sont regardées comme un sujet soit de risques soit de création de valeur, observe Sylvain Lambert. Elles ont leur place dans la transformation des actifs que la société gère. Par rapport aux fonds généralistes, les fonds sectoriels, de par leur connaissance du secteur, ont l’avantage de pouvoir être exigeants sur des critères qui peuvent être matériels pour l’industrie.

Pour les entreprises, de mauvaises pratiques ESG peuvent entraîner un risque de dévalorisation en provoquant des hésitations à investir en cas de forte incertitude ou de niveau de risque élevé. S’y ajoutent des considérations liées à la réglementation européenne : que se passera-t-il au moment de revendre des actifs, même rentables, s’ils ne sont pas considérés comme durables ? Qui voudra de ces actifs en 2027 ?

Comment le financement se situe-t-il par rapport aux autres leviers de transition ou transformation agro-alimentaire ?

Il existe trois leviers principaux pour accélérer la transition agro-alimentaire, explique Baptiste Bannier, associé Développement durable, PwC France et Maghreb. Le premier est de continuer à expérimenter, privilégier et financer les initiatives qui permettent de trouver des solutions concrètes aux réalités physiques.

En effet, il serait plus exact de parler de transformation que de transition, souligne Sylvain Lambert, et l’innovation y contribuera au premier plan. Une démarche que de grands groupes d’agro-alimentaire ont commencé à adopter en allant chercher des initiatives et tester de nouvelles solutions avec des startups et autres acteurs innovants ou spécialisés.

Un deuxième levier est de prendre en compte le passage à l’échelle, poursuit Baptiste Bannier. C’est l’ensemble de la filière agroalimentaire qui doit être embarquée, les petits acteurs comme les grands doivent s'investir dans la démarche. Enfin, il faut informer sur les qualités environnementales des produits car ce sont les consommateurs qui, en bout de chaîne, décident par leurs choix de ce qui sera dans leur assiette.

« L’adaptation, notion clé de la COP27, est au cœur de la transition ou transformation environnementale. L’agriculture est l’un des premiers univers d'adaptation. Le sujet est de comment réallouer l’argent disponible pour qu’il serve l’adaptation. »

Sylvain Lambert, associé Développement durable, PwC France et Maghreb

Comment les enjeux environnementaux se traduisent-ils dans la transition agro-alimentaire ?

La transition environnementale est l’enjeu majeur de la filière agro-alimentaire pour plusieurs raisons, analyse Baptiste Bannier. “Nous sommes en train d’être rattrapés par la réalité physique. C’est maintenant qu’il faut agir et changer nos comportements. Par ailleurs, la partie agricole de cette filière représente la majorité des enjeux. C’est dans le champ que ça se passe. Enfin, c’est une filière qui, si elle est responsable d’une partie des émissions de gaz à effet de serre notamment, est aussi une part de la solution car elle a la possibilité de capter une partie de ce carbone.”

PwC France et Maghreb travaille à l’ensemble des éléments nécessaires à cette transition, rappelle Baptiste Bannier, du diagnostic pour comprendre les impacts de sa production au déploiement de la feuille de route, en passant par la stratégie pour définir les objectifs et les moyens de les atteindre. Le cabinet intervient auprès de nombreux acteurs de l’agro-alimentaire sur ces thématiques, des fondamentaux agricoles à la transformation en passant par la supply chain.




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Sylvain Lambert

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Associé Développement durable, PwC France et Maghreb

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Associé Consulting I&S, PwC France et Maghreb

Hélène Rives

Hélène Rives

Avocat, Associée, responsable du secteur distribution et biens de consommation, PwC France et Maghreb

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