Déplacement des fonctions centrales en région

Les entreprises sont-elles prêtes ?

Interview de Philippe Stefanini, Directeur général de Provence Promotion, l'agence de développement du territoire Aix-Marseille Provence, et de Didier Cavanié, Associé responsable région Sud, PwC France et Maghreb.

Quels besoins peuvent inciter un groupe français à relocaliser ses fonctions centrales en région ?

Philippe Stefanini - Les grands groupes français font face à plusieurs défis concernant leurs fonctions centrales. Les principaux sont le risque de concentration géographique, les aspirations des salariés et la digitalisation. Aujourd'hui, localiser tout ou partie de son siège en région peut contribuer à répondre à ces besoins.

La crise sanitaire a montré que concentrer l’essentiel de ses salariés dans une tour à La Défense représente un risque, ce dont les grands groupes sont désormais conscients. D’autres quartiers centraux de Paris, autrefois considérés comme prestigieux notamment par les entreprises étrangères, sont aujourd'hui perçus comme trop exposés. Ces entreprises explorent d’autres options, dans des arrondissements plus calmes ou hors de la capitale.

Les entreprises sont aussi attentives aux aspirations de leurs collaborateurs quant à leur lieu de vie, exacerbées par les confinements successifs. Déclenché il y a deux ans, un mouvement de mobilité pousse les employeurs à trouver des solutions en région. Ainsi, le groupe américain d’imagerie médicale Hologic a-t-il décidé de déplacer son siège social français de Paris à Aix-en-Provence, rapprochant ses fonctions centrales de son premier centre de R&D hors des Etats-Unis.

Enfin, le recrutement de talents digital natives est particulièrement en tension sur la place parisienne, où la concurrence d’acteurs internationaux se fait sentir. C’est une réelle difficulté pour des secteurs tels que les services financiers. Dans certaines métropoles régionales, il est plus aisé d'attirer, recruter et fidéliser des talents. Les Régions sont en capacité de former les futurs collaborateurs aux compétences dont les entreprises ont besoin. À Marseille, nous avons la plus grande école numérique du pays, La Plateforme, dont le campus accueillera 3 000 étudiants et stagiaires d’ici 2024.

Comment PwC France et Maghreb accompagne-t-il Provence Promotion dans sa démarche d’attractivité ?

Philippe Stefanini -  Les métiers de PwC, complémentaires de ceux de Provence Promotion, lui permettent d’établir des liens entre le contexte économique au plan national et local, ce que peu d’acteurs sont capables de faire. Le cabinet a beaucoup à apporter en termes d’ouverture, et sa proximité avec le terrain est une ressource rare.  

Didier Cavanié - PwC France et Maghreb est présent depuis 40 ans en Région Sud, notamment à Marseille. Nous apportons notre contribution au développement économique et à l’attractivité de notre territoire - un engagement qui s’inscrit dans notre feuille de route stratégique, Co-créer 2025 - et nous accompagnons Provence Promotion depuis 2019. 

Aujourd’hui, nous souhaitons aller plus loin en aidant notre région à franchir un cap, notamment en modélisant les besoins des entreprises et leurs critères de localisation. Jusqu’à présent, les implantations des entreprises en Provence étaient très axées sur des activités de main d'œuvre (centres commerciaux, centres logistiques). L’ambition de la Métropole et de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) d’Aix-Marseille Provence est d’attirer également des activités de management et des équipes de direction, susceptibles de créer une richesse pérenne sur le territoire.

Lors d’une première mission, nous avons interrogé les acteurs économiques de la région sur les raisons pour lesquelles ils y sont venus, y restent ou au contraire envisagent d’en partir. Nous avons aussi interviewé des acteurs hors de la région sur les raisons qui pourraient leur faire franchir le pas d'une relocalisation.

Quels atouts mettre en avant pour inciter une entreprise à s’installer en région ?

Philippe Stefanini - Les atouts qui plaident en faveur d’une relocalisation en région sont de plusieurs ordres : les infrastructures de mobilité et de connectivité, la disponibilité de compétences recherchées, la capacité à attirer et fidéliser les talents, l’offre éducative…

La Provence est un des hubs mondiaux d’Internet grâce à sa carte maîtresse des câbles sous-marins de télécommunications Europe-Afrique-Asie, qui arrivent tous au port de Marseille. Cela peut intéresser les activités nécessitant des niveaux d’hyper-connectivité, comme les traders et data centers aujourd’hui et bientôt les services (achats, marketing) utilisant l'agrégation de données en temps réel. 

Une autre tendance, peut-être plus spécifique à la région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur, est le souhait de certains groupes étrangers d’avoir une base arrière en France pour leurs activités sur les marchés africains. Des groupes indiens, américains et mêmes européens voient notre région comme un point de passage où ils peuvent facilement recruter des managers, des cadres commerciaux et des spécialistes des ressources humaines avec une expérience du continent africain. Marseille fait ainsi partie du top cinq des villes où s’établissent les entreprises qui ont des filiales en Afrique.

Quel est l’impact des nouveaux modes de travail et des aspirations des collaborateurs ?

Philippe Stefanini - Il faut innover pour proposer des lieux de travail adaptés aux nouveaux modes de collaboration et aux attentes des salariés. Des villes moyennes ont une opportunité de redynamiser leurs centres villes en perte de vitesse, quand les loyers sont abordables, autour de services de coworking par exemple. Pour faciliter ce type de transition, l'État, la métropole de Aix-Marseille-Provence et la ville de Marseille ont constitué une société publique locale d’aménagement d’intérêt national (SPLA-IN) dotée de la maîtrise foncière. 

Dans les plus grandes villes, de nouveaux quartiers en construction font émerger des concepts hybrides. Par exemple, des immeubles résidentiels comprendront des espaces de travail à usage professionnel , ou pouvant être utilisés par les élèves et étudiants pour suivre des cours à distance. Ici, les dispositifs de maîtrise foncière publique sur du bâti ancien dégradé visent principalement à développer une offre nouvelle à destination des familles (80% de logements) et des entreprises (20% de bureaux). L’immeuble 113-115 La Canebière à Marseille en est un bel exemple.

Enfin, si c’est une multinationale qui délocalise ses cadres, il faut penser à l’accueil des familles. La Région pourra bientôt offrir à leurs enfants une scolarité internationale : la France crée une cité internationale tous les dix ans, et Marseille inaugurera en 2024 celle de cette décennie.

Les considérations environnementales font-elles partie des critères de choix des entreprises ?

Philippe Stefanini - La question du bilan carbone est de plus en plus prise au sérieux par les entreprises. La disponibilité d’énergies renouvelables est intéressante à ce titre. La Région Sud investit fortement, de la décarbonation du port de Marseille au développement d’une filière hydrogène vert (projet Masshylia sur le site de la bioraffinerie de TotalEnergies à La Mède) destiné notamment aux transports en commun.

Autre axe de réduction de l’empreinte carbone, certaines entreprises offrent plus de flexibilité à leurs collaborateurs pour leur éviter des déplacements quotidiens. D’autres proposent des lieux de travail alternatifs plus proches des lieux de résidence. Ainsi, l’Université d’Aix-Marseille projette pour les aux entreprises des espaces de coworking dédiés, facilement accessibles et disposant d’une excellente connectivité.

Les tendances s’accélèrent dans le monde du travail, comment les suivre au plus près ?

Didier Cavanié - Il faut échanger le plus possible avec les entreprises. C’est pourquoi notre accompagnement de Provence Promotion entre dans une seconde phase. Nous rencontrons de grands groupes nationaux ayant un projet de déconcentration de leur siège pour explorer diverses hypothèses dans un scénario de relocalisation de tout ou partie de leurs fonctions centrales hors de Paris.

Au fil des discussions, nous nous apercevons que les critères classiques - fiscalité incitative, accès aux transports nationaux et internationaux, à une main d'œuvre qualifiée - restent importants mais ne suffiront plus si les autres critères ne sont pas respectés. Les critères que nous voyons monter en puissance sont :

  • Des lieux de vie et de travail modulables, mêlant travail et loisir, permettant de réunir régulièrement sur un site agréable des salariés en télétravail le reste du temps afin de maintenir le lien ;

  • Des logements de qualité (personne ne veut plus être confiné dans quelques m² sans accès extérieur lors de la prochaine pandémie) et abordables (l’inflation du coût du logement pèse sur les salaires et donc sur la rentabilité des entreprises) ;

  • Des solutions de mobilité innovantes, dont la conduite autonome, pour réduire la perte de temps dans les transports ;

  • L’accès à un Internet ultra haut débit, fiable et accessible dans et hors des entreprises ;

  • Une vie nocturne et culturelle attractive, car la qualité de vie au travail n’est pas le seul critère de choix des salariés ;

  • L’accès à des énergies décarbonées répondant aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) des entreprises ;

  • La proximité de la nature, une aspiration que plus en plus de cadres expriment ; 

  • Des lieux protégés des catastrophes naturelles, notamment celles liées au changement climatique.

Comment participer à cette enquête ?

Didier Cavanié - J’invite les entreprises intéressées à me contacter. Avec Provence Promotion, nous les recevrons à l’Experience Center de PwC à Paris. Ces échanges sont très constructifs, nous sommes heureux de les poursuivre en 2022.


© Photo Provence Promotion




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