ROI des projets industriels de décarbonation et transition énergétique

Un retour sur investissement de cinq ans est désormais possible

Les industriels français cherchent depuis longtemps à intégrer la contrainte carbone et sobriété énergétique à leurs opérations. Mais le retour sur investissement (ROI) de ces projets était souvent jugé trop long, incertain ou insuffisant pour justifier des investissements conséquents. Jusqu’à récemment, en effet, 10 à 15 ans pouvaient être nécessaires pour atteindre la rentabilité d’un projet de décarbonation énergétique (scopes 1 et 2) ou d'économie d'énergie. 

Aujourd'hui, la hausse des coûts énergétiques combinée aux subventions de l’État change la donne. Un ROI est possible à moins de cinq ans, soit une durée compatible avec les délais industriels, expliquent les experts PwC France et Maghreb Stéphane Loubère, associé, et Tony Tanios, directeur. Tous deux sont référents de l’offre de transition énergétique et de stratégie de décarbonation industrielle de Strategy&, l’entité de conseil en stratégie de PwC.

Dans quel contexte la recherche de sobriété énergétique et de réduction de l'empreinte carbone industrielle s’inscrit-elle ?

Tony Tanios - La décarbonation est depuis plusieurs années ancrée dans les stratégies business des industriels pour de multiples raisons : une prise de responsabilité volontaire face à l’enjeu vital de lutter contre le changement climatique, la mise en conformité avec les obligations réglementaires françaises et européennes (Pacte vert pour l’Europe), la recherche de compétitivité ou d’indépendance énergétique, et la pression des parties prenantes de l’entreprise (collaborateurs, consommateurs, actionnaires, investisseurs…). Des subventions publiques sont également disponibles pour décarboner la production.

Pour décarboner leurs activités sur les scopes 1 (émissions directes de gaz à effet de serre) et 2 (émissions indirectes liées aux consommations énergétiques), les industriels disposent de deux leviers principaux. Le premier est la sobriété énergétique (consommer moins d’énergie), notamment via l’efficacité énergétique (optimiser les processus de production). Le second est d’employer une énergie renouvelable ou bas carbone. À moyen terme, d’autres méthodes se développeront, comme la capture et la séquestration du carbone (carbon capture, utilization, and sequestration - CCUS).

Lire aussi l'étude MACF : est-il temps d’accélérer les stratégies de décarbonation ?

Aujourd’hui, une combinaison de facteurs économiques renforcent la rentabilité des investissements bas carbone. Parmi ces facteurs :

  1. Jusqu'en 2019, les énergies renouvelables n’étaient pas compétitives en raison de l’écart de prix avec le gaz (prix moyen sur les 10 ans précédant 2019 aux alentours de 20 euros / MWh) et l’électricité produite à partir d'énergies fossiles (60 à 70 euros / MWh). Depuis, cet écart s’est réduit au fur et à mesure que le prix des énergies s’envolait.

  2. Le prix de la tonne de CO2 sur le marché est passé de 5 à 8 euros / tonne en 2017 à une moyenne de 80 euros / tonne en 2022, avec un pic à 97. Effet dissuasif garanti, d’autant plus que les entreprises européennes vont progressivement perdre le bénéfice des quotas gratuits, voués à disparaître. Le prix du carbone pourrait ainsi atteindre 200 euros la tonne en 2030.

  3. Enfin, l’État français accorde avec le plan France 2030 des aides substantielles pouvant couvrir une grande partie des investissements bas-carbone. Par ailleurs, le dispositif financier des certificats d'économie d'énergie (CEE) favorise la maîtrise énergétique dans les secteurs énergivores.

Certains projets industriels de décarbonation énergétique ont déjà un ROI inférieur à cinq ans, soit très près des logiques industrielles, qui sont généralement à un horizon de trois ans. Quelques-uns, sans CAPEX, ont même toujours été rentables. Aujourd’hui, cette combinaison de facteurs réduit d’autant plus  la durée de ROI des plus lourds investissements bas-carbone, qui n'étaient auparavant rentables qu’après une dizaine voire une quinzaine d’années.

Lire aussi : Comment décarboner l’industrie ? Deux solutions : a posteriori, ou by design

Comment peut-on aujourd'hui intégrer la contrainte carbone et la sobriété énergétique aux solutions industrielles ?

Stéphane Loubère - Intégrer la contrainte carbone et la sobriété énergétique aux processus industriels est aujourd'hui non seulement impératif, mais également réalisable grâce à un ensemble de solutions. Certaines sont déjà éprouvées, comme celles que nous mettons à disposition de nos clients sur la marketplace digitale PwC Store. D’autres sont en démonstration dans notre Industry Lab.

Parmi les solutions de décarbonation présentées sur PwC Store, j’aimerais en citer deux :

  • Source-to-Procure Optimizer permet d’identifier des alternatives locales à ses fournisseurs lointains et ainsi de sécuriser sa chaîne d’approvisionnement.

  • Carbon Cockpit mesure quant à lui l’empreinte carbone de l’infrastructure informatique d’une entreprise dans son ensemble, pour in fine permettre de la réduire.

Dans notre Industry Lab de Neuilly-sur-Seine, nous invitons nos clients à réfléchir avec nous et des chercheurs autour de leurs problématiques industrielles, notamment à partir de cas d’usage en lien avec la transition énergétique. Nous leur présentons des services et solutions innovants en réponse à leurs besoins de production. Une mini-chaîne d’assemblage intégrée (et non pas une simple juxtaposition de technologies) offre une opportunité de se familiariser avec ces solutions.

Parmi les autres solutions, nous présentons par exemple des solutions à déploiement général comme la mesure et l’optimisation de sa consommation énergétique jusqu'à des solutions d’applications particulières comme l’optimisation du fonctionnement de centrales biogaz.

Comment identifier les solutions de décarbonation les plus pertinentes pour les industriels ?

Stéphane Loubère - En accueillant cette petite ligne de production dans nos bureaux, à proximité de notre Tech Lab et avec une équipe de recherche dédiée, nous sommes dans une logique de test & learn pour identifier de nouvelles manières de produire alliant productivité et décarbonation. Pour cela, PwC a noué un partenariat avec les Arts & Métiers ParisTech et travaille avec une équipe de recherche sur des solutions avancées d’automatisation des processus industriels, de jumeaux numériques ou de cybersécurité - et pouvant intégrer la contrainte énergétique.

Les solutions industrielles visant à améliorer sa performance énergétique et à contribuer à sa décarbonation sont nombreuses et variées. Notre rôle est d’aider nos clients à trouver leur chemin parmi elles, de les orienter vers les technologies qui répondront au mieux à leurs besoins et de les accompagner dans la définition d’une feuille de route efficiente. 

Lire aussi : Chez PwC, l’Industrie 4.0 comme outil de décarbonation et de relocalisation (L’Usine Nouvelle, décembre 2022)

 

Quelles initiatives un industriel peut-il entreprendre pour initier une démarche de réduction de son empreinte carbone ?

Tony Tanios - Les enjeux de décarbonation des industriels diffèrent selon leur type d’activité et la répartition des émissions de gaz à effet de serre (GES) sur leur chaîne de valeur. Cependant, ces étapes sont communes :

  • Comprendre les enjeux et les risques (marchés, réglementation, coûts…), développer une vision holistique (quelles options technologiques, quels partenaires, à quelles conditions ?) pour définir les orientations et actions prioritaires ;

  • Qualifier, quantifier et prioriser les actions et les investissements ;

  • Définir une stratégie globale et agile de décarbonation, ainsi que la feuille de route à court, moyen et long termes pour la mettre en oeuvre (adaptable en fonction des contraintes et opportunités à venir) ;

  • Identifier les dispositifs d’aide et les mécanismes de financements dédiés aux investissements de décarbonation ;

  • Optimiser l’achat et la couverture énergétique sur le marché et diversifier les sources d’approvisionnement ;

  • Identifier de nouvelles opportunités et repenser ses métiers pour les transformer et les adapter à un monde décarboné.

Voir aussi : MACF : est-il temps d’accélérer les stratégies de décarbonation ?

Merci à Dany Salman, manager, et Evrard Dauger, senior manager, PwC France et Maghreb, pour leur contribution à ce texte.




Suivez-nous

Contactez-nous

Stéphane Loubère

Stéphane Loubère

Associé, PwC France et Maghreb

Tony Tanios

Tony Tanios

Directeur, PwC France et Maghreb

Masquer