Comment décarboner l’industrie ? A posteriori, ou by design

Schématiquement, décarboner les activités d’une entreprise consiste à remplacer des énergies fossiles par des énergies renouvelables pour limiter le changement climatique. Dans la France qui se réindustrialise, deux options s’offrent aux porteurs de projet. Soit leurs opérations sont déjà en place, et la décarbonation se fait a posteriori. Soit ils construisent de nouvelles usines, et les installations peuvent être décarbonées by design, dès la phase de conception. 

L’évolution des réglementations dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe impacte les acteurs économiques des deux rives de la Méditerranée, poussant les entreprises françaises comme les entreprises exportatrices du Maghreb à accélérer leur décarbonation. Olivier Muller, associé, département Développement durable, PwC France et Maghreb, et Assia Benhida, associée PwC au Maroc, Market & ESG leader Maghreb, comparent les différentes approches.

La réindustrialisation de la France a débuté. Les nouvelles usines seront-elles d’emblée décarbonées ?

Olivier Muller - La renaissance industrielle actuelle de la France est une opportunité à saisir pour que la production (re)localisée soit d’emblée décarbonée. Les sites qui vont être créés offrent une page blanche pour s’inspirer des meilleures technologies afin de se doter d’usines plus performantes et moins énergivores.

Les industriels français bénéficient en 2022 d’un momentum particulier pour décarboner. Ils peuvent saisir les opportunités de financement prévues par le plan France 2030, qui consacre 5,6 milliards d’euros à la décarbonation. L’explosion actuelle du prix des énergies fossiles est également le signe qu’il faut accélérer la transition : s’appuyer sur des ressources décarbonées est à la fois un atout concurrentiel et une garantie d’indépendance énergétique. 

Dernier point important : notre industrialisation sera d'autant plus décarbonée que nous avancerons groupés. L’Europe, comme la France, a un rôle de catalyseur à jouer en la matière. Nous sommes précurseurs en termes de technologie et de réglementation verte, à nous de nous coordonner pour accélérer la mise en place des bonnes pratiques.

Le Maroc, où les industriels s’emparent de ces problématiques, peut-il être un laboratoire de décarbonation pour la France ?

Assia Benhida - La démarche proactive des industriels au Maroc fait du pays un leader parmi les nations industrialisées. La décarbonation y est à la fois une réponse aux enjeux climatiques mondiaux et un levier incontournable permettant à des secteurs exportateurs vers l’Europe de maintenir leur compétitivité. À partir de 2025, ce ne sera d’ailleurs plus une option avec l’entrée en vigueur du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne.

Les initiatives de décarbonation des industriels au Maroc peuvent servir d’inspiration à d’autres pays. Elles ont pour cadre :

  • La Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD) du Maroc, avec une vision claire à horizon 2030 pour une transition vers une économie verte et décarbonée qui s'appuie sur le développement des énergies renouvelables dans le mix énergétique ;

  • Le plan de relance 2021-2023 du Maroc, orienté vers une industrie nationale innovante, décarbonée et compétitive, déploie le programme Tatwir - Croissance verte auprès des TPE et PME industrielles. Il les accompagne dans leurs démarches de développement de processus et produits décarbonés et appuie l’émergence de filières industrielles vertes.

Pour aller plus loin : lire l’interview de Yassine Tebaa, senior manager, Energy & Utilities, PwC au Maroc : Nous avons noté un véritable engouement pour la décarbonation ces trois dernières années

Pour les industriels marocains, comment les enjeux d'exportation et de décarbonation s’articulent-ils ?

Assia Benhida - L'énergie et les transports sont les secteurs au plus fort potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Sont également concernées les branches industrielles énergivores (aluminium, acier, ciment, électricité, engrais, agro-industries, chimie, textile…), qui combinent de fortes émissions de GES et une exposition au commerce international. 

Le Maroc est en train de mettre en place les dispositifs permettant aux industries marocaines d’accélérer leur décarbonation pour s’aligner avec les exigences du MACF. Outre la contrainte réglementaire et les considérations climatiques, la décarbonation répond à des enjeux de compétitivité. En moyenne, l’énergie constitue en effet le deuxième poste de dépense des entreprises industrielles. 

Quels sont les leviers énergétiques de la décarbonation des entreprises au Maroc ?

Assia Benhida - Actuellement, les entreprises basées au Maroc font reposer leurs stratégies de décarbonation sur deux principaux leviers. Le premier est l’efficacité énergétique, au travers de l’optimisation des sources énergétiques. Le second est le mix énergétique, grâce à l’électrification et à l’intégration des énergies renouvelables et de récupération.

Un certain nombre d’entreprises programment ainsi l’installation de stations photovoltaïques dans leurs usines. Elles prévoient de couvrir à partir du solaire jusqu’à 60% de leurs besoins en énergie à court terme et 100% dans les deux prochaines années. 

À titre d’exemple, 90% des besoins énergétiques de l’usine du Groupe Renault à Tanger sont couverts par les énergies renouvelables. Le constructeur automobile français a opté pour une chaufferie biomasse innovante, avec production d’énergie à partir de grignons d’olives, une source d’énergie renouvelable au bilan CO2 neutre. 

Le Maroc mise également énormément sur l'hydrogène vert, produit par électrolyse de l'eau à partir d'électricité renouvelable. L’hydrogène vert est considéré comme un nouveau souffle pour l’industrie marocaine afin de remplacer les énergies fossiles.

Comment PwC accompagne-t-il ses clients France et Maghreb dans leurs trajectoires de décarbonation ?

Olivier Muller - Nous sommes présents sur les questions de développement durable depuis 28 ans. En France et au Maghreb, PwC s’appuie sur une équipe de plus de 100 consultants expérimentés et spécialisés en RSE. S’y ajoutent les 300 experts sectoriels et thématiques de la communauté développement durable, qui couvrent tous les sujets, de la finance et des risques à la transformation et au supply chain, en passant par la blockchain, la data intelligence ou l’economic modeling. 

Nos équipes travaillent ensemble sur les deux rives de la Méditerranée pour accompagner les entreprises dans leurs trajectoires net zéro ou de décarbonation, de la stratégie et de la définition des objectifs à la mise en œuvre des solutions.

Assia Benhida - En étroite collaboration avec les équipes de PwC France, la Plateforme ESG au Maghreb est pleinement mobilisée auprès de nos clients (entreprises et investisseurs) qui souhaitent intégrer les enjeux de développement durable, et notamment de décarbonation, à leurs stratégies, leurs opérations et leurs politiques d’investissement.

Merci à Atar Derj, senior associate, PwC au Maroc, pour sa contribution à cette interview.




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Assia Benhida

Assia Benhida

Partner, Market & ESG Leader Maghreb, PwC au Maroc

Olivier Muller

Olivier Muller

Associé Développement durable, PwC France et Maghreb

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