Gestion des risques et transition durable

Quelles actions pour contribuer à la transition durable de l’entreprise ?

En France comme dans le reste de l’Europe, les responsables des risques s'impliquent de plus en plus dans les questions liées aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). C’est ce que souligne l’étude 2022 de la Fédération des associations européennes de gestion des risques (FERMA), réalisée en partenariat avec PwC.

Caroline Nait-Mérabet, associée risques, PwC France et Maghreb, explore ici les axes principaux de l’engagement des directions des risques dans la transition durable de leur organisation, et partage des pistes pour accroître encore leur contribution.

1- Renforcer le rôle des risk managers en matière d'ESG

En France, dans la majorité des organisations, le risk manager joue déjà un rôle dans la gestion des risques ESG (38%), ou prévoit de le faire (22%). Cette montée en puissance par rapport à l’édition 2020 de l’enquête FERMA reflète la perception plus stratégique des enjeux ESG et de transition durable.

En outre, plus du tiers des répondants à l’enquête FERMA (39% en France, 32% en Europe) déclarent avoir une collaboration étroite et régulière avec le département RSE de leur entreprise, et près de la moitié une collaboration occasionnelle.

Les risk managers ressentent également le besoin de renforcer leurs compétences en matière d’ESG. Leur contribution à la prise en compte des risques liés à l'ESG est en effet vaste et diverse : cartographie et analyse des risques, intégration des risques de transition (réglementation, marché, technologie, réputation), reporting extra-financier (NFRD/CSRD), définition de mesures de prévention et d’adaptation…

Intégrer l’approche ESG dans la démarche de gestion des risques et la stratégie de l’entreprise

Une gestion efficace des risques associés aux enjeux ESG permet à l'organisation de mieux anticiper les risques et de saisir les opportunités. Le rôle du risk manager est notamment de s'assurer que l'approche ESG est prise en compte dans la démarche de gestion des risques et intégrée à la stratégie de l'organisation.

Étendre la collaboration entre les équipes risques et RSE

Le comité des risques et le comité ESG doivent veiller à une articulation des approches de risques générale et spécifique ESG. Cela implique davantage d’échanges, des collaborations croisées. Certaines organisations choisissent de contribuer ensemble au déploiement de programmes communs.

Clarifier les mandats de chacun

"Les équipes risques doivent collaborer avec les équipes RSE pour renforcer la résilience et tirer parti des opportunités", explique un risk manager. Une collaboration forte et basée sur un mandat clair entre la gestion des risques et la RSE assure un meilleur alignement entre les approches des risques et de la durabilité.

Renforcer les compétences sur les questions ESGs

La formation est l’une des conditions pour que la collaboration se passe bien, et la collaboration est une des solutions pour monter en compétences. Au fur et à mesure que les compétences ESG des risk managers s’étendront, leur rôle deviendra également de plus en plus central : de parties prenantes informées et contributeurs actifs à validateur voire responsables de ces questions.

2- Approfondir la compréhension des risques ESG

Comprendre en profondeur les risques ESG est le principal défi des risk managers pour intégrer les risques liés aux facteurs ESG dans le processus de gestion des risques. Ces risques, particulièrement complexes, ont des impacts étendus sur la chaîne de valeur.

La toute première difficulté est de quantifier les risques liés au développement durable (68% en France, 54% en Europe). Viennent ensuite le manque de budget pour développer une approche ESG spécifique (34%), la qualification des risques liés au développement durable (32%) et la gestion de différents horizons temporels (32%). Ces points d’attention indiquent des axes de travail prioritaires pour les équipes de gestion des risques.

 

Clarifier l’articulation entre les différents types de risques

L’impératif de cohérence implique de formaliser l’articulation entre les différents types de risques qui pèsent sur l’entreprise : les risques majeurs, les risques ESG au sens large et les risques identifiés dans le cadre du devoir de vigilance, qui vont concerner de plus en plus d’entreprises.

Clarifier son approche de la matérialité : matérialité simple ou double matérialité

La double matérialité sera bientôt imposée pour l’évaluation des risques de durabilité avec la Directive européenne sur le reporting extra-financier (Corporate Sustainability Reporting Directive, ou CSRD) en Europe. Les équipes risques auront alors à clarifier la matérialité appliquée sur chacun des exercices. Est-il suffisant de considérer les risques uniquement sous le prisme de leur impact sur l’entreprise (matérialité financière) ? Ou doit-on intégrer les conséquences des risques sur l'environnement et les parties prenantes de l'entreprise dans la société (matérialité d'impact) ?

Nourrir l’approche de double matérialité en apportant des données sur les risques

L’Union européenne adopte la double matérialité dans la révision de la CSRD qui entrera en application en 2025 sur l’exercice 2024. Une entreprise française devra être consciente de tous les risques potentiels que son modèle d’affaires peut faire peser sur son écosystème. Elle devra également s'assurer que les ressources appropriées sont en place pour limiter les impacts associés.

Pour les risk managers, apporter les données quantitatives et qualitatives sur les risques liés à la durabilité restera probablement en tête des défis à relever ces prochaines années. Des méthodologies sont en cours de développement, telles que le modèle de calcul de PwC pour quantifier le risque de transition climatique d’un portefeuille d’investissement.

3- Prioriser les risques climatiques à court et moyen termes

Les risk managers portent une attention croissante au risque climatique, qui fait déjà largement partie de l’évaluation des risques (60% en France, 54% en Europe). En outre, des approches spécifiques sont en cours de développement sur les risques de transition (46%), les scénarios climatiques (33%) et la quantification des risques physiques (31%).

Cependant, les risk managers estiment que leur direction n’accorde pas une attention suffisante au risque climatique. Ce dernier se place au premier rang des menaces critiques pour les organisations à un horizon de 10 ans, mais n’arrive qu’aux 13e et 8e rangs à court et moyen terme.

« Le changement climatique est traité à court terme comme une question de transition et, dans certains cas, comme une opportunité de développer de nouvelles activités. Mais si les organisations ne parviennent pas à y faire face, il se transformera en un risque critique. »

Réponse d'un répondant à l’enquête FERMA

Mettre en place une gouvernance adaptée à des enjeux de long terme

L’ensemble des processus ERM (identification et mesure des risques, pilotage et suivi) sont à déployer aussi sur les risques liés au changement climatique. Ces derniers, bien que considérés de plus long terme, doivent faire l’objet d’une gouvernance à la hauteur de leur importance, au même titre que les risques plus immédiats de l’entreprise.

Prioriser le risque climatique de manière réaliste

Aujourd’hui, le risque climatique n’est correctement priorisé que lorsqu’il porte d’ores et déjà atteinte à la chaîne d’approvisionnement : "Lorsqu'il s'agit de risques à court terme sur la chaîne d'approvisionnement, certaines organisations, par exemple dans l'industrie alimentaire, traitent déjà les impacts du risque climatique", signale un risk manager.

Le dialogue sur le risque climatique doit donc s’intensifier et se fonder sur des analyses détaillées de l’exposition de l’entreprise aux risques liés au changement climatique. Cette analyse permet d’appréhender et de prioriser à court et moyen termes les risques climatiques, tant les risques physiques que les risques de transition. Dans le cas des risques physiques, l’entreprise doit fonder s

 

4- Mobiliser les compétences et les outils de mesure des risques physiques

L’analyse des risques liés au changement climatique doit se faire sous trois dimensions. Les risques de transition et les opportunités peuvent être abordés avec des techniques classiques de risk management. Les risques physiques en revanche sont plus complexes à traiter, notamment parce que des données extérieures à l’entreprise entrent en compte.

Les actions à mener

Mesurer le risque physique selon la localisation des actifs

Des approches et des outils existent cependant pour évaluer les risques physiques de manière très précise grâce à la géolocalisation. Ainsi, PwC a développé une solution d’analyse des données et de mesure du risque climatique selon la localisation des actifs de l’entreprise.

Assembler des compétences diverses pour parvenir à évaluer les impacts financiers

Modéliser les risques climatiques et chiffrer ces risques en euros nécessitera par ailleurs de mobiliser des compétences très diverses assorties d’une expertise en quantification des risques. Outre les risques managers, les équipes des risques auront besoin de faire appel à des actuaires, data scientists, climate scientists, ingénieurs financiers… C’est en travaillant ensemble que ces experts parviendront à évaluer les impacts financiers des risques climatiques.

Regarder aussi : Risk modeling services by PwC

À propos de l’étude

Réalisée par FERMA en partenariat avec PwC, l’étude The European Risk Manager Report 2022 éclaire et met en perspective l’évolution et les enjeux du rôle des risk managers ainsi que leurs activités à l’échelle européenne. En France, l’enquête s’appuie sur les réponses de 67 responsables des risques.




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Caroline Naït-Merabet

Caroline Naït-Merabet

Associée, Sustainability Risk & Regulatory, PwC France et Maghreb

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