
Audrey Moutin - Alors que les entreprises se fixent des objectifs de durabilité de plus en plus précis et de plus en plus suivis par leurs parties prenantes, telles que les investisseurs, toutes les fonctions doivent contribuer à tenir ces engagements. Même si 83% des répondants à notre enquête ont indiqué prendre en compte la durabilité dans leurs prises de décision, les départements de trésorerie et financement en sont souvent aux prémices. En particulier, leur rôle dans la stratégie RSE est encore rarement formalisé.
Les très grandes multinationales ont davantage défini et mis en place une politique pour faire face à ces engagements, avec des mesures formelles en place (20% des multinationales, contre 16% des répondants en moyenne). Des variations existent également selon les secteurs. Par exemple, 74% des répondants dans le B2C prennent en compte la durabilité dans leurs décisions, contre 96% dans l'énergie et les utilities.
“Alors que 83% des trésoriers interrogés déclarent prendre en compte les critères ESG dans leurs décisions de gestion, seuls 16% d’entre eux disposent d’une feuille de route qui en spécifie les implications.”
Audrey Moutin - Lorsque des politiques de durabilité sont en place et que la prise de décisions des départements trésorerie intègre des critères ESG, l'accent est surtout mis sur l’investissement de l’excédent de trésorerie. En effet, plus de la moitié (54%) des répondants indiquent que la maturité ESG des contreparties est un facteur pour décider où investir cet argent.
En revanche, les facteurs de durabilité ne semblent pas encore peser dans les engagements de trésorerie à plus long terme. En particulier, seulement 3% des répondants indiquent que ces facteurs sont un critère de sélection important lors du choix des banques par la trésorerie. Ce décalage est en contradiction avec le nécessaire alignement des efforts organisationnels sur la stratégie RSE de l'entreprise et ses engagements de développement durable.
Mariano Marcos - Il faut prendre garde à ce que les activités de trésorerie soient alignées avec le reporting et le narratif de l'entreprise. Un manque de cohérence pourrait être perçu comme du greenwashing (écoblanchiment) et présenter un risque réputationnel.
Les équipes de trésorerie vont donc être amenées à développer leur propre politique de durabilité en cohérence avec et en soutien à la stratégie RSE de l’organisation. Du fait de leur positionnement central et stratégique, elles font partie intégrante de la solution afin de concilier profits et objectifs sociaux et environnementaux. Cela se traduit principalement de deux manières.
Mariano Marcos - La Direction financière d’une agence de développement économique à l’international a sollicité PwC France et Maghreb pour définir un cadre d'investissement qui guide son département trésorerie dans la prise en compte de critères ESG, contribuant ainsi à faire évoluer son portefeuille de placements. L’agence considérait cette étape comme cruciale pour son alignement opérationnel sur les objectifs de développement durable (ODD).
Après une revue critique du portefeuille d'investissements et un benchmark des offres d’investissement durable disponibles sur le marché, l’équipe Corporate Treasury Solutions de PwC a défini des scénarios d’investissement et mesuré leur impact respectif sur la performance globale, c’est-à-dire financière et extra-financière. Sur la base du scénario retenu par l’agence, PwC a rédigé un cadre d’investissement mis en œuvre par la trésorerie et partagé avec l’ensemble de ses parties prenantes.
Cette démarche a contribué à ancrer la stratégie de durabilité de l’agence dans ses pratiques. Parmi les avancées notables :
Une part croissante des nouveaux projets d’investissement répondent aux objectifs ESG de l’agence (lutte contre les inégalités de genre, protection de la biodiversité, réduction des émissions de GES, adaptation au changement climatique, etc.).
Près de la moitié des émissions obligataires de l’agence sont désormais des obligations durables.
La note extra-financière attribuée par Moody’s ESG à l’agence est en amélioration continue, ce que les investisseurs engagés dans une démarche responsable prennent en compte dans leurs arbitrages.