2023, entre résilience et inquiétude

Tendances macro-économiques de la France : bilan 2022 et perspectives 2023

Décryptage hors-série - Janvier 2023

Par Stéphanie Villers, Conseillère économique, PwC France et Maghreb

L’année 2022 devait confirmer la poursuite de la croissance en France. Elle avait atteint 6,8% en 2021. Mais l’invasion de l’Ukraine par la Russie a fait basculer le scénario de hausse du PIB de 4,5% sur l’année vers une croissance à 2,5% associée à une poursuite de la dégradation des comptes publics. Par ailleurs, l’ensemble des pays développés s’est retrouvé impacté par des dysfonctionnements des chaînes d’approvisionnement, déclenchés dans un premier temps par la forte reprise économique constatée après la période de restriction sanitaire, puis amplifiés par la politique de zéro Covid menée par la Chine. L’empilement de chocs externes est venu perturber la trajectoire de la croissance en France. Mais la résilience des entreprises a permis d’éviter le pire. 

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Avec un enchaînement de trimestres aux résultats erratiques, la France devrait enregistrer, selon les dernières estimations du FMI, une croissance de 2,5%, soit un niveau supérieur à l’Allemagne ou aux États-Unis. Mais elle restera en-deçà de la moyenne de la zone euro (+3,1%). Au niveau mondial, la croissance a marqué le pas, passant de 6% en 2021 à 3,2% en 2022. Ce ralentissement a touché la quasi-totalité des pays développés, qui affrontent quasiment au même moment une normalisation de leur politique monétaire et budgétaire. Dans ce contexte, les perspectives 2023 restent très incertaines étant donné les craintes sur le déroulement de la guerre en Ukraine et la politique sanitaire menée par la Chine face à la pandémie de Covid-19.

En France, deux tendances ont émergé en 2022 et devraient rester au centre de l’attention en 2023. 

  • D’une part, la forte résilience des entreprises, qui ont investi massivement en dépit d’une conjoncture dégradée. Nombreuses sont celles à indiquer dans la 26e Global CEO Survey de PwC vouloir poursuivre leur investissement cette année alors que les pressions inflationnistes demeureront une de leurs principales inquiétudes. 

  • À l'inverse, les ménages se sont montrés frileux et ont restreint leurs dépenses. Ils craignent une dégradation de leur niveau de vie et réclament des augmentations de salaire. Le risque pour 2023 est une poursuite de l’érosion de leur confiance qui viendrait entacher la croissance, entraînant un risque de récession. Dans un contexte où le marché de l’emploi reste dynamique et le taux de chômage stable, la progression de l’épargne de précaution interpelle. 

Améliorer la confiance des ménages passe par une meilleure compréhension du niveau global et de l’évolution de leur rémunération. Les salariés déterminent leur capacité de dépenses en fonction de leur salaire de base. A contrario, la part variable de leur revenu (primes, bonus, intéressement et participation, etc.) vient d’un point de vue macroéconomique gonfler leur épargne de précaution au détriment de leur consommation. Ainsi, en cette période de forte inflation et de taux réels toujours négatifs, une question se pose : ne serait-il pas opportun d’assouplir temporairement et/ou partiellement les conditions de déblocage anticipé de l’épargne salariale ( intéressement et participation) pour permettre aux salariés de disposer d’une partie de ces liquidités et leur permettre ainsi d’être moins contraints dans leurs dépenses? 

Par ailleurs, les aides de l'État vont se poursuivre en 2023 à hauteur de 50 milliards d’euros et visent à atténuer la baisse du pouvoir d’achat pour les ménages les moins aisés. Nous observons néanmoins un tournant structurel dans les comportements d’achat qui laisse penser que les hausses des rémunérations ne pourront constituer à terme l’unique levier pour dynamiser la consommation privée.

Variation annuelle du PIB par pays en 2021 et 2022

Une croissance 2022 résistante face aux chocs

La France a mal débuté l’année 2022, avec une croissance en recul sur le premier trimestre. La consommation des ménages s'est contractée (-1,2% au premier trimestre). Les Français ont commencé à craindre pour leur pouvoir d’achat impacté par la flambée des prix de l’énergie. 

Les mesures anti-inflation ont peu à peu permis de limiter la casse, la dépense privée s’est ainsi légèrement redressée. Mais le moteur structurel de la croissance française qu’est la consommation manque d’élan et dévie de sa tendance de long terme. Le moral des ménages, qui était passé en octobre 2021 sous la barre des 100 points (sa moyenne sur longue période) a atteint un plancher historique de 79 en juillet 2022. L'indicateur enregistre depuis une légère amélioration tout en restant bien loin de sa moyenne (81,85 en décembre).

+ 2,6% du revenu disponible brut des ménages au 3e trimestre vs 2e trimestre 2022

“En 2022, les ménages sont restés prudents et ont préféré continuer à épargner.”

Le revenu disponible brut des ménages a pourtant progressé de 2,6 % au troisième trimestre par rapport au trimestre précédent, stimulé par les revalorisations des retraites de base et les prestations sociales ainsi que le versement d’une aide exceptionnelle de rentrée. De même, le salaire de base dans le secteur privé a accéléré de 3,7% sur la même période, sous l’effet notamment de la hausse automatique du Smic. Mais les ménages sont restés prudents et ont préféré continuer à mettre de côté. Le taux d’épargne des ménages a ainsi rebondi ce trimestre : il s’établit à 16,6%, après 15,8% au deuxième trimestre 2022.

En revanche, l’investissement est resté sur une belle dynamique, avec une mention particulière pour les entreprises qui ont continué à investir massivement notamment à travers l’acquisition de nouvelles technologies (+3,1% au troisième trimestre 2022). 

En décembre 2022, le climat des affaires en France est resté stable. L’indicateur qui le synthétise, calculé à partir des réponses des chefs d’entreprise des principaux secteurs, se situe autour de 102 pour le troisième mois consécutif. Il reste donc légèrement au-dessus de sa moyenne de longue période (100). Cette stabilité du climat des affaires masque néanmoins des situations hétérogènes : le moral dans l’industrie, le bâtiment et les services s’érode, alors qu’il s’améliore dans le commerce de gros et reste stable dans le commerce de détail.

+3,7% du salaire de base (secteur privé) au 3e trimestre vs 2e trimestre 2022
16,6% taux d’épargne des ménages au 3e trimestre vs 15,8% au 2e trimestre 2022
Indices de confiance en France : moral des ménages et climat des affaires

“Le climat des affaires résiste et demeure au-dessus de sa moyenne de longue période, alors que le moral des ménages reste plombé par la perception de la dégradation du pouvoir d’achat.”

Plus globalement, la distorsion constatée entre le comportement des ménages et celui des entreprises interpelle. Le climat des affaires résiste et demeure au-dessus de sa moyenne de longue période, alors que le moral des ménages reste plombé par la perception de la dégradation de pouvoir d’achat et demeure proche de celui constaté lors de la crise de la dette souveraine à partir de 2012. Les aides de l'État visant à amortir une partie de la flambée des prix des matières premières ont été en grande partie orientées vers les ménages, avec un ciblage assez large qui aurait pu inciter à davantage de dépenses privées, en particulier pour les ménages appartenant à la classe moyenne ou supérieure. D’autant que le  taux de chômage a continué de refluer, touchant 7,3% de la population active, soit son niveau le plus bas depuis 2008, inférieur de 0,9 point à celui d’avant la crise sanitaire (fin 2019). 

De même, l’emploi salarié a augmenté de 0,4 % (+100 000 emplois), soit une hausse très proche de celles des deux premiers trimestres de 2022. L’emploi salarié se situe nettement au-dessus de son niveau de 2021 (+1,6%, soit +430 800 emplois) et de celui d’avant la crise sanitaire (+3,6% soit +930 000 emplois). À noter que la hausse au troisième trimestre 2022 est soutenue par l’emploi salarié privé, qui progresse de 0,6% (+120 000 emplois). Il se situe ainsi à 4,4% au-dessus de son niveau de fin 2019. Les contrats d’alternance continuent de nettement contribuer à cette dynamique. En revanche, l’emploi salarié dans le public se replie, mais dépasse toutefois de 0,8% (soit +46 000 emplois) son niveau d’avant crise.

La consommation dévie de sa tendance de long terme et inquiète

Jusqu’à présent, la montée du chômage et les incertitudes croissantes sur l’emploi nourrissaient le pessimisme des ménages, qui par conséquent optaient pour un accroissement de leur épargne de précaution au détriment de leur consommation. 2022 marque un tournant, l’amélioration sur le front de l’emploi n’a pas apporté les effets positifs escomptés sur leur niveau de dépenses. Ainsi, alors que les entreprises continuent d’embaucher et de se projeter sur le plus long terme, les ménages restent inquiets pour leur avenir en dépit de l’amélioration notable sur le marché du travail et des mesures anti-inflation qui leur étaient adressées.

Pour comprendre cette disparité entre les deux principales composantes du PIB que sont la consommation des ménages et l’investissement des entreprises, il faut regarder l’évolution des rémunérations sur la période. En effet, la consommation des ménages dépend, en premier lieu, du niveau de revenu. Or, les salaires n’étant pas indexés sur l’inflation (hormis le SMIC), ces derniers ont enregistré une progression moindre par rapport à la hausse des prix. D’après l’INSEE, le pouvoir d’achat du revenu disponible des ménages a néanmoins progressé de 0,9% au troisième trimestre 2022.

Si cette forme de modération salariale a permis d’éviter la spirale prix / salaires tant redoutée, elle laisse néanmoins émerger des inquiétudes sur les problématiques de fins de mois et plus généralement un sentiment d’insatisfaction qui n’a pu, semble-t-il, être contrecarré jusqu’à présent par la part variable de la rémunération.

+0,9% du pouvoir d’achat des Français au 3e trimestre 2022

Les entreprises, de leur côté, font face à un manque de visibilité sur l’évolution de leurs carnets de commandes. C’est pourquoi, il leur est préférable de revaloriser la part flexible de la rémunération pour pouvoir ajuster leurs coûts salariaux en cas de retournement de tendance. Par ailleurs, les entreprises disposent d’une vision long terme et savent par conséquent que l’inflation retrouvera son niveau d’équilibre autour de 2%. La BCE s’attèle depuis juillet 2021 à atteindre cette cible et l’envisage pour 2024. Étant donné que les salaires ne sont pas flexibles à la baisse, il convient une nouvelle fois de favoriser la part variable des revenus pour l’adapter aux fluctuations des prix. 

“Les entreprises disposent d’une vision long terme et savent par conséquent que l’inflation retrouvera son niveau d’équilibre autour de 2%.”

Pour autant, les bonus, primes et autres dispositifs hors salaires de base semblent ne pas avoir suffisamment répondu aux attentes et n’ont pas permis d’apaiser les craintes des salariés. Cette rémunération variable est venue gonfler l’épargne de précaution au détriment de la consommation. Au niveau macroéconomique, on observe en effet une augmentation du taux d’épargne (16,6% du RDB) dans un contexte de forte inflation qui vient rogner le pouvoir d'achat. 

Ainsi, les piètres résultats de consommation privée semblent démontrer que le système de rémunération, tel qu’il existe, ne permet pas de rassurer les ménages, qui regardent davantage l’évolution de leur salaire de base plutôt que celle de la rémunération globale. Or, rappelons que la consommation constitue la principale composante du PIB (60%) et demeure jusqu’à présent un puissant facteur de croissance. Les résultats 2022 ont fait émerger une incertitude sur le long terme.

La France n’a-t-elle pas franchi une première étape, qui ancre les conséquences du vieillissement de sa population dans les comportements de dépenses à l’instar de l’Allemagne ? En effet, Outre-Rhin, la dépense privée reste invariablement atone, alors que le plein emploi est atteint depuis des années et que la modération salariale a laissé place depuis une petite décennie à des revalorisations importantes. Sa population vieillissante explique cette prédisposition à une consommation peu dynamique. L’Allemagne a ainsi misé sur ses exportations pour assurer sa croissance. En France, il restera à trouver le relais de la consommation privée si celle-ci venait à durablement décrocher.

En outre, on note des modifications structurelles dans les comportements de dépenses. Les dépenses de produits manufacturés sont en recul chez les jeunes par rapport à leurs aînés. La jeune génération, qui fait face à de réelles contraintes budgétaires liées à l’augmentation du poste logement (incluant chauffage et énergie) et de celui des transports, opère de même un arbitrage au détriment de leur produits alimentaires habituels en favorisant les premiers prix et les marques de distributeurs. Les interactions sociales, qui avaient été contraintes pendant les périodes de confinement, deviennent moteur dans leurs dépenses de loisir et dynamisent le secteur de la restauration notamment. Ainsi, les services restent préservés pour l’instant de la frilosité des ménages, en particulier des plus jeunes.

60% du PIB français dépend de la consommation des ménages

La consommation privée, pierre angulaire de la croissance en 2023

La croissance en 2023 reposera sur la capacité des ménages à retrouver la confiance dans un contexte qui restera, sur la première partie de l’année, empêtré dans des tensions inflationnistes. Si le moral des Français continue de flancher, leur consommation en sera la variable d’ajustement, avec pour effet ricochet une baisse de la production et in fine un recul de l’investissement.

“Si le moral des Français continue de flancher, leur consommation en sera la variable d’ajustement avec pour effet ricochet une baisse de la production et in fine un recul de l’investissement.”

Les freins qui ont pu être mis en lumière en 2022 sur les comportements de dépenses des Français doivent être pris en compte pour mieux appréhender 2023. Le début d’année sera une période charnière pour les ménages avec l’augmentation de 15% des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité. Face au risque de poursuite de hausses des prix sur le début de l’année, avec une inflation en France qui devrait être proche de 7%, la pression sur les revalorisations salariales risque de perdurer. Les salariés vont être enclins à réclamer de nouvelles augmentations. 2022 a montré que l’illusion monétaire des agents économiques avait vite été balayée pour laisser place à des anticipations adaptatives sur les salaires de base. Ces derniers sont ainsi incités à réclamer une indexation des salaires sur l’inflation afin de maintenir la stabilité de leur pouvoir d’achat. 

Ainsi, compte tenu de ce risque, il semble opportun d’une part de privilégier les dispositifs de rémunérations variables liés à la performance individuelle ou collective.  D’autre part, d’adopter une meilleure communication sur les avantages et l’intérêt de cette part flexible pour tenter d’apaiser les inquiétudes légitimes sur l’évolution du pouvoir d’achat.

“Il semble opportun d’adopter une meilleure communication sur les avantages et l’intérêt de la part flexible de la rémunération pour tenter d’apaiser les inquiétudes légitimes sur l’évolution du pouvoir d’achat.”

Rappelons par ailleurs que l'intéressement et la participation ont été développés pour accroître l’épargne salariale des ménages. Ils disposent d’avantages fiscaux et se doivent de soutenir le financement des entreprises. Cette épargne peut être débloquée de façon anticipée sous certaines conditions (mariage/divorce/naissance, décès/invalidité, acquisition/remise en état/agrandissement d'une résidence principale, divorce, création d'entreprise, etc ..). Ces conditions de déblocage ont déjà évolué par le passé et ont été révisées pour mieux tenir compte des aléas de la vie. C’est pourquoi, aujourd’hui, en cette période inflationniste, une question se pose : ne serait-il pas opportun d'assouplir temporairement et partiellement les conditions de déblocage anticipé pour permettre aux salariés de disposer d’une partie de cette épargne et leur permettre ainsi d’être moins contraints dans leurs dépenses? 

En outre, depuis le 1er juillet 2022, les employeurs peuvent verser à leurs salariés une prime de partage de la valeur exonérée de cotisations et contributions sociales dans la limite de 3 000 euros, et jusqu'à 6 000 euros pour les entreprises ayant mis en place un dispositif d'intéressement ou de participation. Selon la Dares, 700 000 salariés en ont bénéficié à hauteur de 710 euros en moyenne (contre 4 millions de salariés ayant touché une prime exceptionnelle de pouvoir d’achat de 506 euros en moyenne en 2021).

De son côté, l'État prévoit d’injecter 50 milliards d’euros pour prolonger le bouclier énergétique et a par ailleurs opté pour le versement d’un chèque énergie exceptionnel allant de 100 à 200 euros à 12,6 millions de foyers. Cette mesure lui coûtera près de 2 milliards d’euros supplémentaires. Dans un contexte où les conditions financières se durcissent, les marges budgétaires se réduisent d’autant. Le FMI recommande ainsi à la France d’arrêter le « quoiqu’il en coûte » et de commencer à assainir les comptes publics. Si les pressions sur la facture énergétique se poursuivaient sur 2023, il conviendrait de mettre en place une politique plus ciblée vers les catégories les plus défavorisées pour atténuer l’impact sur leur pouvoir d’achat et pour éviter des tensions sur la dette publique.  

Des crispations risquent néanmoins d’émerger en 2023 compte tenu des disparités de politiques budgétaires au sein de la zone euro. En effet, l’Allemagne va injecter sur deux ans près de 200 milliards d’euros, dont 90 milliards de bouclier tarifaire et 65 milliards d’aides aux ménages et aux PME. Ce plan de soutien massif va permettre d’amortir la crise énergétique et pourrait créer une distorsion inquiétante d’activité si la flambée des prix énergétiques se poursuivait. 

D’ici fin mars, la Commission européenne devrait déterminer les contours d’une politique énergétique pour une réforme du marché européen de l’électricité. À charge pour Bruxelles d’orienter sa décision vers une décorrélation du prix de l’électricité de celui du gaz. Cela permettrait à l’ensemble des pays de l’Union européenne de ne pas subir cette forme de concurrence déloyale mise en place par l’Allemagne qui, avec ses marges de manœuvre financières, peut envisager le prix de l’énergie au prix fort. 

Les finances publiques sous pression 

La crise Covid a entraîné une dégradation des comptes publics. Les plans de soutien ont fait basculer la dette française à plus de 112% du PIB, soit une augmentation de 14 points de PIB par rapport à fin 2019. Ces mesures budgétaires ont été prolongées par la crise énergétique, qui a coûté à l'État près de 100 milliards d’euros sur trois années consécutives (2021 à 2023). 

Aujourd’hui, les conditions de financement se resserrent et l'État doit emprunter à des taux d’intérêt plus élevés que précédemment. Durant la période Covid, ces derniers se sont stabilisés autour de zéro. Or, en fin d’année 2022 ils atteignaient 2,5%. À l’instar de l’augmentation des taux directeurs de la BCE, la hausse des taux de l’OAT 10 ans (taux de refinancement de référence de l'État sur les marchés financiers) devrait se poursuivre sur la première partie de l’année 2023 et peser durablement sur la charge de la dette. Une augmentation de 1% des taux coûte à terme environ 40 milliards d’euros supplémentaires par an, soit le budget annuel de la défense.

Le budget 2023 prévoit une stabilisation du déficit à 5%. Or, la France se situe dans une position plus dégradée que les autres pays développés, en particulier l’Allemagne, le Royaume-Uni ou encore les États-Unis. Seule l’Italie en Europe affiche une situation encore plus instable, alors que le Japon, qui dispose d’une dette colossale, s’autofinance à taux nuls.

“Pour l’heure, les effets constatés des plans d’aides de l'État sont positifs sur les entreprises mais restent très insuffisants pour les ménages.”

L’endettement public pour amortir les chocs avec une action contracyclique a du sens et permet de préparer le rebond. Il reste néanmoins quelques craintes concernant l’efficacité de la politique budgétaire. Nous avons vu que la consommation des ménages trébuchait en dépit des mesures prises pour la soutenir et ne permet pas d’accompagner la croissance. Or, le plan anti-inflation qui pèse sur les comptes de l'État aurait dû jouer pleinement le rôle d’amortisseur. 

Même si, grâce au bouclier tarifaire, le pire a peut-être pu être évité. L’économie française n’est pas entrée en récession mais le retour sur la croissance de ce plan d’aides se fait attendre. Plus les effets positifs tardent et plus le déficit public risque de se creuser. L’État français a fait un pari, celui de soutenir la demande. Pour l’heure, les effets constatés sont positifs sur les entreprises mais restent très insuffisants pour les ménages. Le risque à terme étant la sanction des marchés financiers si les dérives budgétaires se poursuivaient. 

L’inflation en point de mire 

L’inflation, qui était sortie des radars depuis une dizaine d’années, a resurgi sous l’onde de choc énergétique qui s’est propagée sur toute l’Europe. La France a rapidement pris des mesures pour maîtriser l’envol des prix de l’énergie pour les ménages et pour les entreprises. Pour autant, l’inflation atteint des niveaux records à 5,9% en décembre. Mais, elle reste très en-deçà de la moyenne européenne (3 points de moins). Le bouclier tarifaire mis en place dès octobre 2021 en France a permis de limiter la hausse généralisée des prix, qui se retrouve à un niveau plus faible que celle de l’ensemble des pays développés. 

Les entreprises françaises vont pouvoir bénéficier de cet avantage concurrentiel par rapport aux autres pays européens. Selon Business France, les exportations françaises de biens ont atteint 439 milliards d'euros sur les neufs premiers mois de l'année 2022, soit une hausse de 20% par rapport à la même période de 2021.

63% des dirigeants français ont déjà augmenté les prix de leurs produits ou services en 2022

La flambée des prix énergétiques reste le fer de lance de la dynamique sur l’indice général des prix, enregistrant une progression de 15,1% en décembre. On note par ailleurs que les prix alimentaires affichent une forte hausse à 12,6% sur le mois. Ainsi, l’industrie alimentaire qui souffre du rebond des cours des matières premières a été un des premiers secteurs à répercuter les hausses des coûts de production sur leur prix de vente. D’autres secteurs se sont montrés plus prudents en 2022, notamment celui des services. Ils pourraient être incités à accroître leur prix début 2023. 

Selon la 26e Global CEO Survey de PwC, 48% des dirigeants français voient l’inflation comme la principale menace sur les 12 prochains mois. 63% des PDG indiquent avoir déjà augmenté les prix de leurs produits et de leurs services. Face à ces risques, ils souhaitent à 43% réduire leurs charges d’exploitations sans pour autant toucher à la rémunération de leurs salariés, puisqu’ils sont 93% à déclarer ne pas y avoir recours en 2022. Dans ce contexte, la hausse des prix sera nourrie sur la première partie de 2023 par les stratégies tarifaires des entreprises et devrait se tarir sur le second semestre pour retrouver son rythme de long terme de 2% en 2024

Rappelons néanmoins que la trajectoire de l’inflation sur 2023 va dépendre d’un facteur géopolitique pour l’heure non maîtrisable, la durée du conflit russo-ukrainien. Beaucoup dépendra aussi de la réforme du marché de l’énergie au sein de l’Union européenne, prévue avant la fin-mars. 

Pour juguler cette inflation élevée, la BCE a procédé à un resserrement de sa politique monétaire en relevant progressivement ses taux directeurs. Le 15 décembre, elle a mis la dernière pierre à l’édifice 2022 en annonçant une quatrième hausse de ses taux de 50 points de base. Son taux directeur atteint fin décembre 2,5%.

“La BCE conservera en 2023 sa logique de hausses des taux tant que l’inflation restera à un niveau élevé.”

La présidente de l’institut francfortois, Christine Lagarde, a été claire : 2023 conservera cette logique de hausses des taux tant que l’inflation restera à un niveau élevé. Nous changeons de paradigme. Désormais, l’argent ne coulera plus à flots. Nombreux sont les économistes, notamment le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, à dénoncer cette politique contre-productive puisqu’elle ne permet pas d’agir sur l’envolée des prix des matières premières mais accroît les inégalités. 

Néanmoins, la 26e Global CEO Survey de PwC montre bien que l’inflation demeure la principale inquiétude aujourd’hui des entreprises. Ainsi, laisser s’installer une inflation à deux chiffres sans hausse de taux et une économie mondiale très endettée semble difficilement soutenable. Il convient de tenter de la contraindre pour éviter un risque de stagflation cumulant hausse des prix et du chômage avec une croissance faible. 

La résilience des entreprises françaises 

La 26e Global CEO Survey de PwC indique que les entreprises françaises se montrent moins inquiètes que le reste de l’Europe et du monde sur la notion de volatilité économique pour les 12 prochains mois, soit la crainte d’un basculement en récession ou d’un retournement de cycle. La France, d’ordinaire pessimiste, sort cette année son épingle du jeu avec des entreprises qui craignent moins une crise économique que les autres.

“La France, d’ordinaire pessimiste, sort cette année son épingle du jeu avec des entreprises qui craignent moins une crise économique que les autres. “

Comment peut-on expliquer cette différence ? Notre modèle de protection sociale permet d’atténuer les chocs contrairement aux pays moins protecteurs. Ces derniers vont plus rapidement sombrer en récession mais a contrario vont retrouver plus aisément le chemin de la croissance. Par ailleurs, la crise sanitaire et la crise énergétique ont fait émerger des pare-feux à travers les divers plans de soutien capables d’amortir les chocs externes. Ainsi, la prise en charge du chômage partiel, les prêts garantis par l'État, le bouclier tarifaire et les mesures anti-inflation sont autant de soutiens qui ont affaibli les risques récessifs. Ils correspondent à un système de protection temporaire aux chocs externes. L’apparition de ces nouveaux amortisseurs est venue accroître la capacité française à faire face aux déséquilibres externes et permet aux entreprises une moindre crainte concernant la volatilité économique.

61% des dirigeants français ne comptent pas diminuer leurs investissements

Dans ce contexte, les entreprises n’anticipent pas une baisse de leur investissement. Ainsi, si les investissements sont maintenus sur un rythme similaire à 2022, la croissance restera positive en 2023. Toujours selon la 26e Global CEO Survey de PwC, 61% d’entre elles ne comptent pas moins investir, versus 45% sur l’ensemble de l’Europe. Pour autant, beaucoup dépendra sur 2023 de la trajectoire empruntée par les taux d’intérêt, du contexte géopolitique entraînant des effets induits sur les prix de l’énergie et de l’effet sur le climat des affaires d’un accroissement du nombre de faillites qui correspond à un retour à la situation d’avant crise Covid.  

Par ailleurs, les entreprises françaises pourront bénéficier d’un taux de change favorable pour leurs exportations en dollars. L’euro reste proche de la parité face au dollar et offre ainsi une meilleure compétitivité des produits made in France.

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Marion de Lasteyrie

Marion de Lasteyrie

Directrice Relations Extérieures et Communication, PwC France et Maghreb

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